Opening Lines

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Screenshot-2026-06-24-at-9.08.10-AM.png

Lorsque Jonathan Siegrist a commencé à équiper des voies, c’était d’abord pour répondre à une envie très personnelle : trouver de nouveaux défis à sa mesure. Mais en voyant les liens que ses itinéraires créaient entre les grimpeuses et grimpeurs qui les parcouraient, il a compris que son travail prenait une tout autre dimension.

Texte écrit par Matt Spohn | Photos par Ryan White

La première chose qui attire son regard, c’est cette traînée de lichen rouge. Elle serpente sous une succession de petits toits déversants. En dessous, le calcaire blanc est prometteur, compact, d’une solidité à toute épreuve. Jonathan le sait d’instinct. Des années passées à équiper des voies lui ont appris à reconnaître une ligne d’exception.

Les débuts

Pour Jonathan Siegrist, athlète Arc’teryx, l’ouverture de voies est d’abord née d’une nécessité.

« En vivant dans le Front Range, je n’avais ni beaucoup de temps ni les moyens de voyager, raconte-t-il. Je n’avais jamais prévu de devenir équipeur ou ouvreur. Je voulais simplement avoir plus de voies à grimper. »

« Au départ, c’était une démarche assez égoïste, reconnaît-il. Mais en voyant la façon dont les autres grimpeurs se sont approprié les voies que j’ouvrais, et comment la communauté s’est reconnue dans ce que je proposais, cette motivation a peu à peu laissé place à autre chose. »

Dix-sept ans plus tard, Jonathan a posé des milliers de points d’ancrage, ouvert plus de 200 voies et développé huit falaises. Des Fins, dans l’Idaho, à Wizard’s Gate, près d’Estes Park, jusqu’à la falaise 5G, aux portes de Las Vegas, ses réalisations vont bien au-delà de ses propres ascensions. Elles offrent à d’autres une porte d’entrée vers le rocher, de nouvelles expériences et l’occasion de repousser leurs limites.

« Imaginer que quelqu’un organise son week-end, ou même toute sa saison, autour d’une voie que j’ai équipée, c’est extrêmement touchant », confie-t-il.

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Opening-Lines_Arcteryx.jpg

« Imaginer que quelqu’un organise son week-end, ou même toute sa saison, autour d’une voie que j’ai équipée, c’est extrêmement touchant », confie-t-il.

Un simple tour sur Mountain Project, la base de données de référence pour les grimpeuses et grimpeurs, suffit à mesurer la réputation de ses voies et la place qu’elles occupent dans les projets de toute une communauté.

« Un classique, aussi beau qu’exigeant. »

« La plus belle voie du secteur, avec des réglettes exceptionnelles et des mouvements incroyables. »

« Aérienne, exposée, sur un rocher parfait. Les mouvements sont magnifiques. »

« Une ligne remarquable. Immense respect à Siegrist pour cette ouverture. »

« Incroyable. Quelle voie ! »

« La meilleure ligne du Front Range. »

« Difficile de croire qu’une ligne puisse être aussi parfaite. »

À ces commentaires s’ajoutent les étoiles dans les topos, les carnets de croix remplis au fil des saisons, les journaux de grimpe, les messages échangés entre partenaires de cordée et les publications sur les réseaux sociaux. Autant de traces qui racontent la manière dont ces voies sont vécues, partagées et transmises. Peu à peu, une histoire se dessine : celle de grimpeuses et grimpeurs qui trouvent un lien avec le lieu, avec le mouvement et avec eux-mêmes. Une succession de chapitres écrits par celles et ceux qui découvrent qu’ils sont capables d’aller plus loin qu’ils ne l’imaginaient.

Pour Jonathan, voir d’autres grimpeurs découvrir une falaise qu’il a développée, puis observer la manière dont ils s’approprient ses voies, est une satisfaction qu’il n’avait jamais anticipée. C’est aussi ce qui le pousse à continuer d’ouvrir de nouvelles lignes, dans un éventail de cotations toujours plus large.

« C’est tout le processus d’apprentissage, à Wizard’s Gate, qui a fait naître ma passion pour l’équipement des voies », explique-t-il.

Cloak and Dagger, la première voie qu’il y a équipée, est aujourd’hui devenue un classique du Front Range, avec une moyenne de 3,9 étoiles sur 4.

« La voie remonte une magnifique dalle avant de rejoindre une arête aérienne et très technique. C’est une ligne qui attire immédiatement le regard. »

Si les récompenses sont immenses, ouvrir une voie demande un investissement considérable. Jonathan passe des heures sur Google Maps à repérer des falaises potentielles. Viennent ensuite les longues approches hors sentier et les passages d’escalade improvisés pour vérifier que le rocher existe bel et bien. Lorsqu’il tient enfin une piste, il cherche un accès jusqu’au sommet de la falaise. Commencent alors les allers-retours, le transport du matériel, toujours plus lourd : perforateur, batteries, ancrages, cordes statiques, pieds-de-biche, brosses.

Peu à peu, une ligne se révèle. Trouver son tracé est déjà un art en soi. Jonathan descend alors en rappel pour vérifier que le rocher offre les prises espérées. Si c’est le cas, le travail peut enfin commencer.

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Photo-Setup-14-2.jpg

Un simple tour sur Mountain Project, la base de données de référence pour les grimpeuses et grimpeurs, suffit à mesurer la réputation de ses voies et la place qu’elles occupent dans les projets de toute une communauté.

Sortir des sentiers battus

« La plupart des équipeurs que je connais passent énormément de temps à marcher, raconte Jonathan en riant. Pour chaque falaise qui vaut vraiment la peine d’être développée, il faut souvent en explorer deux ou trois autres. »

Mais les approches ne représentent qu’une partie du travail. Équiper une voie est un processus exigeant, qui met le corps à rude épreuve.

« Il faut parfois rester en tension pendant de longues minutes pour percer un point. On remonte sur corde. On transporte des charges lourdes. »

Voir Jonathan consacrer autant de temps à repérer des falaises, parcourir les approches et équiper de nouvelles lignes surprend plus d’un grimpeur. Lui qui compte près d’une centaine de voies cotées 9a à son actif pourrait simplement voyager d’une falaise mythique à l’autre pour enchaîner les grandes classiques.

« À l’échelle de l’escalade sportive américaine de haut niveau, Jonathan est sans doute l’un des équipeurs les plus prolifiques de sa génération, estime le grimpeur Josh Wharton. La plupart des meilleurs grimpeurs américains préfèrent partir en Europe plutôt que d’investir le temps nécessaire pour trouver, nettoyer et équiper une voie. Chez Jonathan, cette passion pour l’escalade est tout simplement hors du commun. »

Cette passion repose sur deux moteurs indissociables : le désir de se mesurer à des voies toujours plus difficiles et l’envie de partager cette expérience avec les autres. Développer ses propres projets, plutôt que de répéter des itinéraires existants, fait partie intégrante de sa pratique. Puis, lorsque ces voies prennent vie sous les mains d’autres grimpeurs, elles acquièrent une dimension nouvelle.

« Chaque voie part de zéro, explique Jonathan. Il faut imaginer la séquence, décrypter les mouvements, trouver les solutions. Il y a une véritable part de création. Est-ce que je traverse quelques mètres vers la droite ou est-ce que je monte tout droit ? Où placer le relais ? Équiper une voie, c’est créer quelque chose, et créer n’a rien à voir avec le simple fait de consommer. Je ne pense pas uniquement à ce qui me plaît. J’essaie aussi d’imaginer la façon dont d’autres grimpeurs vivront cette voie. »

Tout est dans le nom

Cette même attention portée au moindre détail guide aujourd’hui le développement de sa plus récente falaise : Pagoda, un site de calcaire situé près de Las Vegas. Protégée par une première barre rocheuse déversante, la falaise est parcourue des longues traînées de lichen rouge qui avaient d’abord attiré son regard. C’est cette silhouette singulière qui lui a inspiré son nom. Mais ce choix fait aussi écho à une autre facette de son parcours. Diplômé de Naropa University, un établissement d’arts libéraux inspiré de la philosophie bouddhiste, Jonathan souhaitait rendre hommage à cette période de sa vie

Pour lui, baptiser une voie ou une falaise fait pleinement partie du processus de création. Un nom ne devrait jamais être choisi à la légère. Il doit évoquer le lieu, rendre hommage au travail qu’exigent le nettoyage du rocher, l’équipement et l’ouverture de la ligne, tout en éveillant quelque chose chez celles et ceux qui viendront la gravir. Il prolonge l’expérience autant qu’il l’annonce.

« J’ai toujours l’impression qu’une voie mérite qu’on réfléchisse à son nom. Un mauvais choix peut, dans une certaine mesure, en diminuer la force », explique-t-il.

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Photo-Setup-14-3.jpg

« À l’échelle de l’escalade sportive américaine de haut niveau, Jonathan est sans doute l’un des équipeurs les plus prolifiques de sa génération », estime le grimpeur Josh Wharton.

Les voies qui marquent leur époque portent souvent des noms qui traversent les générations. Realization, Silence ou Eternal Flame font désormais partie du vocabulaire des grimpeurs. Certains rappellent l’histoire d’une ligne, comme Salathé. D’autres évoquent une caractéristique du rocher, comme The Backbone.

La grande traînée de lichen rouge qui avait d’abord retenu son attention à Pagoda est aujourd’hui équipée.

« La voie s’enchaîne avec une fluidité presque déconcertante. À chaque toit franchi, on tombe sur un gros bac, parfois une vire, parfois un trou profond. Puis les bacs laissent place aux réglettes, et on regrette de ne pas avoir pris le temps de se reposer. Mais il est déjà trop tard. Il faut s’engager dans un dulfer exigeant avant de franchir un dernier bombement. »

Red Lotus est sans doute l’une des plus belles lignes de la falaise. Le calcaire y offre une adhérence remarquable et une texture agréable à grimper.

« Tous ceux qui montent là-haut avec moi n’ont qu’une envie : l’essayer. »

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Photo-Setup-15-1.jpg

« J’ai toujours l’impression qu’une voie mérite qu’on réfléchisse à son nom. Un mauvais choix peut, dans une certaine mesure, en diminuer la force. »

Un nouveau chapitre

Pour bien des grimpeuses et grimpeurs, une voie finit par occuper toutes les pensées, juste après la famille, les amis et le travail. Lorsqu’un projet vous captive, une aventure commence. Et une fois la voie enchaînée, l’envie naît presque naturellement de partager cette réussite, de transmettre à d’autres ce moment qui a tant compté.

Jonathan souhaite que chacune de ses voies offre une expérience où le corps et l’esprit ne font plus qu’un. Un itinéraire porté par la beauté du rocher, la fluidité des enchaînements et des mouvements suffisamment exigeants pour laisser une empreinte durable.

« Dès le départ, je veux créer les meilleures voies dont je suis capable. Bien sûr, elles doivent être agréables à grimper et offrir un haut niveau de sécurité. Mais par-dessus tout, je veux qu’elles deviennent de véritables aventures. »

Pour Jonathan, chaque voie raconte une histoire.

« Une fois que je l’ai gravie, l’histoire ne s’arrête pas. Elle ne fait que commencer. Beaucoup d’autres grimpeurs viendront écrire la suite. »

Arc’teryx est fier de soutenir l’Anchor Replacement Grant de l’Access Fund. Pour en savoir plus, rendez-vous ici.

https://www.accessfund.org/grants/anchor-replacement-fund 

https://blog.arcteryx.com/wp-content/uploads/2026/06/Photo-Setup-16-1.jpg